5 raisons de courir voir Hors-normes

23 octobre 2019

Bruno et Malik vivent depuis 20 ans dans un monde à part, celui des enfants et adolescents autistes. Au sein de leurs deux associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas qualifiés "d’hyper complexes". Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes.

Dans les salles le 23 octobre 2019

 

Oui oui, on sait, normalement, quand un film sort, on vous propose une interview des réalisateurs ou des acteurs. Mais là, on va faire une petite entorse au principe. On a eu beau faire des pieds et des mains... harceler les attachés de presse... mais rien à faire... Olivier Nakache nous a brièvement expliqué avoir l'impression d'être dans une "lessiveuse" à force d'enchaîner avant-premières, interviews, demandes en tous genre... Car la sortie de Hors-norme, le dernier film d'Eric Toledano et Olivier Nakache a été précédée d'un véritable marathon promotionnel...mais pas le marathon habituel qui entoure toute sortie de film...un marathon... hors normes! Et pour cause... Certes c'est une sortie de film on ne peut plus classique, mais le film l'est beaucoup moins... Car il ne s'agit pas d'un film de plus...Il s'agit juste d'un film exceptionnel au sens premier du terme, bref, un film pas comme les autres...Et on vous incite à courir le voir, non sans vous avoir expliqué pourquoi...

Si on ne vous propose pas d'interview des réalisateurs ou des acteurs, on a eu le plaisir d'échanger avec Benjamin Ruimy, le chargé de communication du Silence des Justes, l'association qui a inspiré le film. Ce jeune homme de 32 ans, atteint d'autisme, nous a raconté son parcours et sa participation au film comme figurant. On vous propose son interview en fin d'article...

PARCE QUE LE TRAITEMENT DU SUJET EST HABILE

 
Sur la papier, un film sur l'autisme, ça peut faire peur... Mais réussir à faire avec un sujet aussi "casse-gueule" un film émouvant sans jamais être larmoyant, drôle sans jamais être moqueur, et qui montre la réalité des choses sans en faire des tonnes, en restant subtil et surtout sans faire des personnages des bêtes de foire, ça s'appelle juste un tour de force....

Tout au long du film, on est baladés entre rires, sourires et larmes... Et c'est sans doute le meilleur moyen de sensibiliser le public à la cause...Plus que tous les reportages, articles ou émissions qu'on a pu voir jusqu'à présent.

© Carole Bethuel - Quad - Ten Cinema

PARCE QUE C'EST UN FILM DEPOURVU DE TOUT MANICHEISME OU OPPOSITION

 
Il n'y a pas d'un côté les "gentils" autistes et leurs éducateurs et de l'autre la "méchante" administration... Il y a juste des êtres humains qui font ce qu'ils peuvent avec leurs obligations, leur vécu, leur quotidien, leurs possibilités... On voit des juifs avec des kippots, des mezouzots sur les portes, des musulmans, des noirs, et tous se battent ensemble, pour la même chose... à aucun moment le film n'appuie sur l'aspect communautaire... C'est une toile de fond totalement secondaire... Et voir des gens de toutes confessions et nationalités se battre ensemble, par les temps qui courent, c'est juste rassurant...

© Carole Bethuel - Quad - Ten Cinema

PARCE QUE LES ACTEURS SONT EXCEPTIONNELS

 
Bien sûr il y a les deux personnages principaux. Vincent Cassel et Reda Kateb qui sont justes criants de vérité... Ils ne jouent pas, ils sont... Pour une fois, Vincent Cassel n'est pas un pervers narcissique, un truand, un tueur à gages ou un bad boy, des rôles auxquels il nous avait habitués... Ici, il transpire l'humanité et la bienveillance. Reda Kateb réussit de son côté une performance saisissante en éducateur type Père Fouettard au coeur tendre... Cependant ils ne sont pas les seuls à crever l'écran.... Que ce soit Alban Ivanov (irrésistible en juif Loubavitch), Catherine Mouchet, Hélène Vincent, ou Benjamin Lesieur, et les autres qu'on ne peut pas tous citer, c'est un sans faute...

PARCE QUE FICTION ET REALITE SE REJOIGNENT

 
Le film résulte  d’un engagement de 20 ans. En 1994, les réalisateurs étaient moniteurs de colonies de vacances, Eric Toledano a dû passer un diplôme pour devenir directeur (BAFD). C’est alors qu'il rencontre Stéphane Benhamou, le créateur de l’association « Le Silence des Justes », spécialisée dans l’accueil et l’insertion des enfants et adolescents autistes. Après s'être perdus de vue, Stéphane Benhamou s'occupera d'un membre de la famille d'Eric Toledano qui souffrait de cette maladie. Un jour, les deux réalisateurs partent voir la colonie de vacances de Stéphane et. sont frappés et bouleversés par l’énergie et l’humanité de toute l' équipe Par la suite, Stéphane a besoin d’un film pour présenter son association. Espérant ainsi collecter des fonds car déjà à cette époque, il avait du mal à obtenir les aides nécessaires au fonctionnement de sa structure. Les deux réalisateurs emmènent leur caméra à Saint-Denis, là où 20 ans plus tard, se tournera HORS NORMES. Ils y croisent un jeune éducateur, Daoud Tatou, qui gére aussi des jeunes autistes. Et encore une fois, cette nouvelle rencontre restera un moment marquant... Ils pensent à en faire un film, mais débutants à l'époque, ils ne se sentent pas prêts...Toutefois une amitié réelle naît. Puis un documentaire...Sorti il y a 4 ans. Baptisé "On devrait en faire un film" il raconte le travail de Stéphane et Daoud. L'idée d'un long-métrage ayant mûri, et l'expérience aidant, le projet de réaliser "Hors norme" se concrétise. Pendant 2 ans, les deux réalisateurs et les acteurs principaux s'immergent dans le quotidien de ces deux associations. Vincent Cassel et Reda Kateb acceptent leurs rôles avant même d'avoir lu le scenario.


© Carole Bethuel - Quad - Ten Cinema

PARCE QUE C'EST UN FILM NECESSAIRE

 
Avoir un enfant autiste est un combat de chaque instant qui implique l'enfant atteint mais aussi toute la famille. Et la faiblesse des moyens qui existent en France pour soutenir et aider ces familles a fait l'objet de nombreux reportages, articles ou témoignages. Après la projection de ce film, on est obligés de se poser des questions sur ce manque de moyens. Hors-normes, outre son côté objet de cinéma est aussi un outil nécessaire voire indispensable pour éveiller les consciences et attirer l'attention sur le problème...Et pour changer le regard qu'on peut porter sur ces enfants et adolescents "différents"...


© Carole Bethuel - Quad - Ten Cinema

INTERVIEW DE BENJAMIN RUIMY chargé de communication pour l'association le Silence des Justes...

 
Comment êtes vous arrivé au sein du Silence des Justes ?

J'ai rencontré Stéphane Benhamou, directeur du Silence des justes, il y a plus de deux ans. Je travaillais (et je travaille toujours d'ailleurs) au Musée du Louvre. Stéphane a senti mon enthousiasme, mon énergie et m'a proposé un contrat à durée déterminée au départ... qui s'est transformé en contrat à durée indéterminé... J'en suis très fier! Fier aussi de l'aider dans ses missions... Outre les relations extérieures, je m'occupe de l'organisation d'évènements indispensables pour récolter de l'argent pour l'association... Je termine aussi un BAFA (diplôme pour être animateur dans les voyages de groupes) pour accompagner des jeunes autistes en vacances et les encadrer...

 

Et la figuration sur Hors-Normes, c'est arrivé comment ?

Par ma volonté! J'ai appris il y a deux ans l'existence de ce projet.. .J'ai donc fait simple! J'ai contacté Olivier Nakache et Eric Toledano via leur page Facebook... Ils m'ont donné le numéro de la personne chargée des figurants qui m'a proposé une journée de tournage... J'étais fier et heureux de participer à ce film... On me voit quelques secondes, mais c'est une très belle expérience.


© Carole Bethuel - Quad - Ten Cinema

Qu'est ce qui t'a frappé en arrivant sur le tournage ?

Je suis un passionné de cinéma, je vais voir énormément de films et j'adore ça ! Là j'ai pu voir l'envers du décor, le temps qu'on prend pour tourner ce qui représente un court instant dans le film. Je ne me rendais pas compte du nombre impressionnant de matériel, de la concentration que chaque séance demande, du nombre de personnes sur un plateau... Quand on regarde un film, on a l'impression que tout est "facile", mais en fait le travail qu'il y a derrière est colossal... Il y avait une excellente ambiance sur le plateau.... J'ai adoré cette expérience... J'aimerais bien recommencer d'ailleurs!

 

Tu as pu échanger avec les réalisateurs ?

Oui, ils m'ont invité à leur table et nous avons beaucoup discuté... Ils connaissent évidemment très bien le Silence des Justes, mais j'ai pu leur expliquer un petit peu ce que j'y faisais... Depuis, nous sommes en contact régulièrement puisque cette association leur tient à coeur, ils ne s'y sont pas intéressés juste pour faire leur film... Ils avaient déjà réalisé un court métrage dessus... et comptent bien continuer à nous apporter leur soutien.

 

Et quand tu as vu le film terminé, quel a été ton ressenti ?

Au-delà du fait que j'ai beaucoup aimé le film, j'ai trouvé intéressant ce regard là sur les autistes. Ce n'est pas le regard classique avec juste de la compassion ou pire, de la pitié... Il y a des moments de franche comédie, des moments très drôles...Je suis content que le public puisse "entrer" dans ce monde qui est le mien... C'est très fidèle à la réalité... Vincent Cassel incarne avec énormément de justesse et de talent le personnage de Stéphane...Pour connaître et travailler avec ce dernier, le Bruno du film est pareil au quotidien! Attentif, humain, avec beaucoup de douceur et de compassion... Et souvent vissé à son téléphone ! Tout est vraiment bien restitué à l'écran... J'espère que le regard des gens sur l'autisme va changer grâce à Hors-normes... Ce serait une belle victoire...

© Carole Bethuel - Quad - Ten Cinema

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