Le coeur en braille : Interview de Michel Boujenah

8 Décembre 2017

Pour la 3ème fois de sa carrière, Michel Boujenah repasse derrière la caméra. Après "Père et fils" et "3 amis", il a choisi d'adapter un roman relatant l'histoire d'amour entre deux enfants sur fond de handicap et de différence. Si les thèmes abordés sont graves, le film allège le côté dramatique par un traitement drôle et léger.. À l'occasion de sa sortie en salles aujourd'hui, le réalisateur et comédien nous en parle...Interview..

Comment avez vous découvert le roman de Pascal Ruter que vous avez adapté ?

Mon ami Pascal Elbé a reçu le livre car un producteur lui en a proposé la réalisation. Mais il a pensé que ce n'était pas pour lui, et a proposé qu'on me l'envoie car il était sûr que l'histoire me plairait. C'est ce qui s'est passé puisque cette histoire m'a vraiment touché lorsque je l'ai lue. 

Justement, qu'est ce qui vous touche autant ?

C'est une histoire qui fait du bien. L'héroïne est en train de perdre la vue, c'est terrible à vivre pour elle. Lui est orphelin de mère, et cancre. Et pourtant, ils vont s'aider et s'aimer. J'aime l'idée que la vie transcende tout, malgré les obstacles. Et puis l'enfance est un thème qui me parle. Je n'ai pas envie de grandir !


Vous avez mis 9 ans à revenir à la réalisation après "3 amis", vous n'étiez pas décidé ?

C'est vrai qu'après le précédent, j'ai eu une période de flottement par rapport à mon envie de réaliser. J'essayais d'écrire une histoire, mais je jetais beaucoup, je n'en étais pas satisfait. Le déclic et l'envie sont revenus lorsque j'ai découvert ce roman.


Tout comme votre premier film "Père et fils", le film parle beaucoup des relations parents enfants, ça aussi ça vous inspire ?

Oui, pour moi, il faut qu'on regarde les enfants et qu'on les écoute, qu'on soit capable d'apprendre d'eux. Si on ne peut pas le faire, c'est qu'on n'est pas des parents. Être parents, ça ne veut pas dire "tais toi, j'ai de l'expérience, je sais ce qui est bon pour toi, tu m'obéis". C'est trop facile d'être sur le mode dictatorial. La vérité n'est pas chez les parents, mais pas forcément non plus chez les enfants. On est un groupe humain, et chacun doit apporter à l'autre. C'est ce qui me plaisait beaucoup dans cette histoire: montrer qu'aimer ses enfants, ce n'est pas juste en être propriétaires. Je vous dis tout ça comme une belle théorie, car moi j'en ai deux, et il m'arrive de leur dire "allez maintenant tu vas dans ta chambre, tu me casses les pieds"!
Les amours d’enfance tiennent également une grande place dans le film…
Je déteste les gens qui pensent qu’un enfant ne peut pas avoir de vrai chagrin d’amour. Ceux qui disent que ce n’est rien, que ça va passer, que ce n’est pas grave. Si, ça peut être grave et marquer sa vie sentimentale pour la suite. Il ne faut pas sous estimer ce genre de peine, même chez les plus petits.


Pour le casting des enfants, sur quels critères vous êtes vous basé pour faire votre choix ?

Pour l'héroïne, je voulais une vraie musicienne, c'est à dire une jeune fille qui ait le sens du rythme et de l'effort, car le cinéma demande cela. Il fallait aussi qu'elle soit belle, mais avec une beauté à la Meryl Streep. J'en ai vu 250, et Alix Vaillot correspondait à tout cela, mais c'est son premier rôle. Jean-Stan du Pac, le héros, avait déjà fait du cinéma, et quand je l'ai vu, je savais que c'était lui.


Côté adultes, vous restez fidèle à Charles Berling et Pascal Elbé ?

Oui, c'est ma bande..on se connaît bien,  c'est donc beaucoup plus facile de les diriger. Enfin, plus facile, ça dépend! Il nous arrive de partir dans des fous rires, et de monopoliser le temps de l'équipe technique car on n'arrive plus à s'arrêter parfois.


L'un des personnages de votre film est issu d'une union entre une mère juive et un père musulman et vous lui faites dire à un moment que tout se passe bien. On se dit que vous ne démordez pas de cette idée, et que malgré le contexte compliqué, vous y croyez encore. C'est de la naïveté ? 

(Sourire)
Non, je suis sûr qu'un jour il y aura la paix entre ces deux peuples. Pour moi le problème n'est pas un problème de religion mais de géopolitique. Les pays Arabes ont intérêt à ce que les juifs et les musulmans se tapent dessus. Même si c'est très compliqué, même s'il n'y a plus de grands hommes de paix, et même si je suis sûr que ça peut durer encore 50 ans, voire plus, je pense qu'on arrivera à une entente et une paix. J'y crois vraiment.

Pour terminer plus légèrement, lorsque votre premier film est sorti, vous aviez promis de courir nu sur la place de la Concorde s'il atteignait le million de spectateurs, et vous l'avez fait...Et cette fois ci, vous avez prévu autre chose? Votre coloscopie diffusée en 3D ?

(Rires) Je n'ai pas encore réfléchi à ça! Peut être plus classique : nu au premier étage de la Tour Eiffel. Mais pas de problème je trouverai bien quelque chose en dehors de votre suggestion! D'ailleurs si le public a des idées, qu'il n'hésite pas à m'en faire part...Je les étudierai!

Le coeur en braille

Un film de Michel Boujenah avec Alix Vaillot, Jean-Stan du Pac, Charles Berling, Pascal Elbé, Antoine Khorsand...


Synopsis
Marie est une adolescente passionnée de violoncelle et très douée à l'école. Victor est un garçon sympathique, dynamique, mais qui connaît quelques difficultés scolaires. Ignorant que Marie est entrain de perdre la vue, Victor tombe amoureux d'elle. Et petit à petit, à sa grande surprise, Marie se met à l'aider... 

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