Léonard Lasry : La musique dans la peau

28 Septembre 2018

À force de coller l'étiquette "révélation" à chaque découverte issue de la scène musicale Française, le mot en avait quelque peu perdu de son sens. Pourtant, si l'un de ces artistes émerge du lot et mérite cette qualification, c'est bien Léonard Lasry... Mélodies soignées et accrocheuses, timbre de voix chaud et unique, textes subtils et poétiques, cet artiste devrait attirer l'attention de tous les adeptes de bonne chanson Française. La presse spécialisée n'a d'ailleurs pas manqué de saluer son dernier album. Et ses passages sur scène ont tous été à chaque fois très remarqués. Nul doute que ce (presque) nouveau venu dispose de tous les atouts pour creuser son sillon sur les terres des chanteurs qui comptent... Nous avons eu le plaisir de le rencontrer... Portrait et mini-interview... 

Crâne rasé, barbe fournie, regard bleu glacier, Léonard Lasry pourrait stimuler l'imagination de tout bon directeur de casting qui se respecte. On le verrait bien dans un film de Tarantino pour ne citer que lui. Pourtant, s'il a flirté avec le cinéma, c'est avec la casquette de compositeur. En 2015, il a signé la bande originale de "Jours de France" premier film de Jérôme Reybaud. Car depuis tout petit c'est la musique qui l'a littéralement happé. Né en 1982 à Paris, Léonard grandit entre une Maman fan des yéyés qu'elle écoute en boucle, et un grand frère féru de rap. Quant à lui, il se découvre une forte attirance pour Mozart et les Opéra Allemands. Atypique pour un petit garçon. Dans l'appartement familial de la rive gauche trône un piano droit. Son aîné prend des cours. Il lui emboîte le pas à l'âge de 5 ans. "Je ne savais pas si j'aimais vraiment ça. Ça ne se passait pas mal mais je n'étais pas motivé. Je voulais arrêter, je ne supportais pas les profs de piano trop académiques" se souvient-il... S'il tourne le dos à cet instrument, le break ne durera pas longtemps. Il a 9 ans lorsqu'il croise un enseignant avec une pédagogie peu conventionnelle. "Les cours devenaient un plaisir et non plus une corvée"... poursuit-il sourire aux lèvres... Son oreille se forge. Régulièrement, il réussit à reproduire ce qu'il entend. Puis créée ses premières mélodies dès l'âge de 10 ans... Mais une nouvelle pause s'impose. Son entrée au collège lui fournit un prétexte indiscutable pour arrêter les cours de piano : trop de devoirs ! Toutefois le destin ne l'entend pas de cette oreille puisque son lien avec la musique ne se distend pas. Littéralement obsédé par cette passion naissante, le petit prodige passe ses week-ends chez Gibert Jeune, célèbre disquaire Parisien de St-Michel, à dénicher des vinyles d'occasion. Et la semaine à les décortiquer pour que l'école "lui semble moins pénible"... L'adolescent se délecte des tubes de Michel Berger, France Gall, Julien Clerc. Et découvre avec bonheur Elton John, Barbra Streisand, Stevie Wonder ou Baby Face... En 1993, il reçoit  un piano électrique en cadeau "J'ai pu travailler tranquille avec un casque...Donc j'expérimentais un tas de sons...Le fait de m'isoler a totalement changé les choses" constate-t-il.
Le jeune homme finit par se rendre à l'évidence. Il "doit faire des chansons"... Il se met donc en quête de paroliers au sein de son école, mais en vain. Finalement, il se jette à l'eau tout seul. Et passe des années à engranger textes et mélodies. Pas pour les chanter lui même. Du moins c'est l'idée de départ : il préfère alimenter le répertoire d'interprètes en mal de titres. Un jour, l'une d'entre elles fait écouter quelques chansons à une maison de disques. Celle-ci les refuse, mais veut en rencontrer son auteur. En écoutant la maquette chantée par Léonard, le verdict tombe. "C'est quand même vachement mieux chanté par toi" estime le professionnel. "Il a suffit de me le dire une seule fois !" se souvient-t-il en éclatant de rire...

S'il entame des études en commerce, journalisme et communication, c'est parce que l'idée de fonder ses propres entreprises le taraude. Monter un label, une marque, éditer, produire, s'ajoutent à la liste de ses envies. Mais la musique grignote du terrain dans sa vie, et prend peu à peu une place prépondérante. Place qui se solde par la sortie d'un premier album en 2006. Baptisé "Des illusions", ce disque rend hommage au music-hall et au cabaret avec un clin d'oeil à Michel Legrand dont il est un inconditionnel. La scène suit, avec de nombreuses dates, seul ou en groupe. Léonard Lasry affûte son jeu de piano, apprivoise le rapport avec le public. L'année 2010 est marquée par la sortie d'un deuxième album: "Nos jours légers". Plusieurs titres traverseront les frontières de la France. Pourtant, au terme de ces expériences, il sent l'envie décliner. "J'avais fait le tour d'une première phase sans connaître la suite"... C'est sans compter sur les coups de pouce du destin. Admirateur secret de l'univers particulier d'Elisa Point, auteure pour Christophe  ou Diane Tell entre autres, il n'ose pas dire oui à une rencontre avec elle proposée par un ami commun. "J'hésitais...souvent, on est déçu par les rencontres avec des artistes qu'on admire...J'avais envie de travailler avec elle mais je déteste me vendre, donc je ne me voyais pas du tout en train de lui demander des textes... D'autant plus que j'avais eu vent du fait qu'elle avait refusé des demandes de chanteurs très connus". Finalement, la rencontre a lieu en 2010. "Elle était surprise que je connaisse certains trucs de son répertoire dont elle même se souvenait à peine"....Petit à petit, ils se découvrent mutuellement.... Lentement...". Elle disait qu'elle écrivait pour moi, mais je ne voyais rien venir" Lors d'une grosse période de doute, le découragement pointe le bout de son nez. Il ne croit plus à une possible collaboration. Du coup, Il conçoit un album de duos qui rend hommage au répertoire d'Elisa. Une façon de lui "piquer ses mots". "J'ai eu envie de son verbe car c'était moi !" résume-t-il. Elle finira par  arriver avec plusieurs textes. C'est le début d'un duo fructueux. "La création nous échappe... on se voit, elle me montre des bouts de phrases... je me mets au piano quand ça me plaît et là elle continue le texte". L'album "Avant la première fois" sort en 2017. Salué par les Inrocks, le Figaro ou LCI entre autres, le disque remporte un vif succès critique... Si ces réactions le touchent et l'enchantent, pas question de renoncer à sa liberté artistique. Sans aucune arrière-pensée marketing. Loin de lui l'idée de se laisser coller une étiquette ou d'être enfermé dans un tiroir... Car le chanteur tient avant tout à garder son indépendance. Ainsi, il a monté "29 music" son propre label où il signe d'autres artistes comme Jay Jay Johanson, une sorte de "cousin musical". Parmi ses multiples activités, il fonde et dirige la marque de lunettes Thierry Lasry, avec son frère. Ils comptent parmi leurs clientes Lady Gaga ou Madonna. La qualité de ses mélodies a suscité beaucoup d'intérêt en provenance de milieux très différents. La mode lui a fait les yeux doux. Certaines de ses chansons ont été utilisées dans des défilés par les plus grands noms comme Dior, Valentino ou Cartier.. Il a aussi réalisé et arrangé un titre pour "Dessous dessus" un spectacle du Crazy Horse mis en scène par Chantal Thomass. "Je ne marche qu'aux coups de coeur et aux rencontres" résume t-il. Ainsi en 2014, la route de Maripol, une photographe culte de l'Amérique des années 70 qu'il admire, croise la sienne. De cette union artistique naîtra une collection de 6 morceaux spécialement écrits pour Dior et commandés par la big boss Maria Grazia Chuiri elle-même. 

Autre rencontre coup de coeur, celle avec Amina. Candidate pour la France à l'Eurovision en 1991, et désormais professeur de yoga du son en Suède, la chanteuse a littéralement été séduite par son univers. Si bien qu'elle lui a offert ses vocalises arabisantes sur "Que va-t-on devenir" duo qui lors des derniers concerts, a systématiquement provoqué l'affolement de l'applaudimètre. D'ailleurs, cette collaboration lui a inspiré un projet en bonne place dans ses cartons. Bref, son agenda ne risque pas de désemplir. Et pas seulement en France. Car le Japon vient à son tour de tomber sous le charme du chanteur au look de hipster. Son dernier album vient de sortir là-bas. Et il sera à l'affiche du Festival "Saison Rouge" le 19 octobre à Tokyo aux côtés de Clara Luciani notamment... Une nouvelle aventure qui pourrait parfaitement se résumer par l'un de ses titres : comme au début d'une joie...

Léonard Lasry en 5 questions

Qu'est ce qui vous inspire pour créer une mélodie ?

Je pianote, et ça vient comme ça...Parfois j'ai besoin d'un texte. Parfois ça vient en voiture, alors je m'arrête et j'enregistre la mélodie sur mon portable en fredonnant. Je les imagine souvent dans ma tête et après je les retranscris sur le papier...Mais je n'ai pas de rituel comme certains artistes qui préfèrent attendre la nuit pour travailler. Ou qui attendent des moments ou des lieux précis pour être inspirés...


Comment vivez vous cette reconnaissance critique ?

Je suis hyper heureux de cela, mais encore plus heureux de garder ma liberté artistique. Je tiens à la garder car elle m'est ultra précieuse pour continuer. Je n'ai pas de pression et c'est un luxe. Les réactions positives me boostent pour la suite... Je suis surtout satisfait de ne pas me plier à des directives ou des conseils...je fais absolument  ce que je veux et ce que j'aime.


Comment choisissez vous les gens avec qui vous travaillez ?

Ce qui compte c'est la personnalité des artistes. Je pourrai travailler avec des candidats de télé réalité, je n'ai aucun snobisme par rapport à ces émissions où parfois des vrais talents émergent. En fait, du moment qu'il y a un vrai artiste derrière qui me plaît, je suis partant. J'aime l'idée de produire d'autres gens, de les faire chanter...Je ne compte pas m'arrêter, tant que je croiserai des talents qui m'inspirent.


Vous préférez l'étape de la création ou l'euphorie des concerts ?

L'un ne va pas sans l'autre, j'ai une préférence pour la création. Mais je suis encore dans l'excitation de la découverte des concerts. Très bizarrement, j'ai commencé à aimer la scène en 2010, quand j'ai arrêté! (Rires)


Un petit mot sur vos projets ?

En ce moment je prolonge la vie de cet album en allant au Japon pour sa sortie là bas le 19 octobre. L'album va faire l'objet d'une nouvelle édition incluant plusieurs inédits le 7 décembre...Et je prépare le prochain pour fin 2019 ou début 2020.

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